Rodolphe BRESDIN : Branchages - c. 1880

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Eau-forte, 105 x 70 mm à l'image, 172 x 123 mm à la cuvette. Van Gelder 146, Préaud 110, 1er état/2 avant réduction du cuivre. Selon Van Gelder, il n'y a eu que des tirages posthumes de cette estampe.

Très belle épreuve sur chine crème appliqué sur vélin fort. Excellent état. Toutes marges (325 x 252 mm).

Provenance : H. M. Petiet (son timbre au verso, Lugt non décrit).

Cette épreuve fait partie du premier tirage, sur le cuivre non réduit, de 50 épreuves imprimées sur chine crème appliqué ou vélin d'Arches, destinées aux exemplaires de luxe d’une biographie de Bresdin intitulée La vie nomade de Rodolphe Bresdin, par Louis Godefroy et Marius-Ary Leblond. L’ouvrage ne fut pas publié et le tirage fut racheté ultérieurement par H. M. Petiet. Van Gelder a fait retirer, sur le cuivre réduit et aciéré, 125 épreuves sur chine appliqué sur vélin destinés aux exemplaires de tête de son catalogue raisonné (Dirk van Gelder, Rodolphe Bresdin, vol. II : Catalogue raisonné de l’œuvre gravé, La Haye, 1976).

Dans leur biographie inédite de Bresdin, L. Godefroy et M.-A Leblond rapportent un témoignage de sa fille Rodolphine qui s’applique particulièrement à cette œuvre insolite : « J'ai vu mon père rester des heures à examiner d'en dessous les feuilles, les branches, les ramilles, le tissu-même, les franges et les dentelles d'un buisson. Je le surprenais comme soudain mordu de rage et s’écriant : « Le plus grand est incapable de rendre cela ! C’est plus fort que nous ». (...) Je l'ai vu de longs moments dans notre jardin contempler le travail des araignées qui tissaient leur toile. » (p. 78-79). Branchages ne ressemble cependant à aucune autre œuvre de Bresdin, pas même à l’Éclaircie en forêt (VG 147) dans laquelle la végétation dense d’une forêt exubérante et sombre, vue en contre-plongée, s’ouvre au centre sur une trouée de ciel, tel le diaphragme d’un appareil photographique. Dans Branchages, il n’y a pas de centre mais la perspective oblique d’un arbre nu, également vu en contre-plongée, à travers l’écran d’un tourbillon de fins rameaux et de brindilles brouillant l’image du tronc et des branches principales tordues ou mutilées. Les racines puissantes de l’arbre et l’herbe visibles au bas de l’image laissent penser que le dessinateur est situé en contrebas ou bien allongé au sol.

La composition de cette œuvre quasi expérimentale n’est pas seulement unique dans la production de Bresdin, elle fait aussi exception dans son époque. On ne sait d’ailleurs pas à quelle date il a réellement gravé cette eau-forte qui ne fut jamais éditée. Le catalogue d’exposition de la Bibliothèque nationale en 1963 (n° 21) la datait de 1858. Van Gelder affirme en 1976 que Bresdin l’aurait gravée plutôt vers 1880. Le mouvement qui anime le réseau de lignes noires enchevêtrées sur un fond clair scandé par des zones sombres nous évoque aujourd’hui certaines peintures ou encres de Pollock ou encore cette eau-forte arachnéenne Untitled 11 (Moma 192.1977) qui est à peine plus grande que celle de Bresdin. Mais ces comparaisons sont purement visuelles et sans réelle valeur critique. Branchages reste une œuvre singulière d’un artiste lui-même inclassable. Elle figurait « parmi les deux cents chefs-d'œuvre de l'exposition internationale Cinq siècles de gravure européenne (Meesterwerken van de Europese prentkunst, 1410-1914) organisée en 1966 à Munich, Paris et Amsterdam (cat. Amsterdam n° 166, p. 224) » (Van Gelder, vol. II, p. 144).