Henri-Gabriel IBELS : Au cirque, le clown - 1893

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Prix : 4500 €

Lithographie, 490 x 260 mm. Boyer & Cate 37.

Belle épreuve sur vélin numérotée 3 à la mine de plomb, non signée comme à l’ordinaire ; timbre sec de L’Estampe originale en bas à droite (Lugt 819). Toutes marges (feuille : 585 x 415 mm). Parue dans la première livraison de L’Estampe originale, tirage à 100 exemplaires.

Henri-Gabriel Ibels est l’un des membres fondateurs du groupe Nabi. De 1891 à 1899, il collabore à plusieurs revues et journaux dans lesquels il publie des dessins légendés représentant des types populaires. Il dessine également des affiches, programmes de théâtre, titresde musique, et grave de nombreuses lithographies sur le thème du spectacle : théâtre, café-concert, cirque. Dans La Plume du 15 janvier 1893, le critique Charles Saulnier note à propos d’une série de lithographies représentant Pierrot et Colombine :

« Les personnages aux gestes élégants y sont circonscrits dans un trait unique (…) M. Ibels se préoccupe constamment des ressources que peuvent présenter les procédés employés. » (cité par A.-M. Sauvage dans « Henri-Gabriel Ibels », Nouvelles de l’Estampe, n°129, p. 28).

La même année paraît le premier album de L’Estampe originale dont Toulouse-Lautrec a dessiné la couverture et dans lequel la lithographie Au cirque, le clown figure aux côtés de celles de Bonnard (La Petite blanchisseuse), Ranson (Tigre dans les jungles) et Roussel (L’Éducation du chien). L’Estampe originale publie encore en 1893 Le Café concert, suite de 22 planches lithographiées par Ibels et Toulouse-Lautrec.

La lithographie Au cirque, le clown représente une synthèse magistrale des préoccupations picturales et sociales de Ibels.  La perspective en plongée, le costume informe et bicolore du clown envahissant le premier plan, l’opposition de couleurs vives et les formes synthétiques en font l’une des œuvres les plus modernes de la période nabie.

Le cadrage et la composition jouent ici un rôle majeur : en plaçant le cheval et l’écuyère, dont on voit seulement le bas du corps, à l’extrémité de l’arc formé par la barrière dans l’angle supérieur gauche, et en laissant vide la partie droite de l’arène qu’ils viennent de parcourir, Ibels ne recrée pas seulement le mouvement, il nous incite à compléter la scène en imaginant ce que voient les spectateurs : nous nous trouvons ainsi en sympathie avec le clown de dos dont le déhanchement traduit l’intérêt et l’attention inquiète. Cette composition déconcertante, accentuée par l’opposition franche des couleurs, n’est pas seulement chez Ibels une audace formelle : la recherche esthétique est ici au service de la même sensibilité humaniste que les dessins moins ambitieux que publie régulièrement le « Nabi journaliste ».

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