Jean-Emile LABOUREUR: Le Bar en Pennsylvanie - 1904

Bois gravé, 195 x 195 mm. Un seul état. S.L. 618 bis. Monogramme jel dans la planche apparaissant ici pour la première fois.

Epreuve d’essai imprimée sur papier chamois. Quatre petits trous de repérage, deux aux angles inférieurs du sujet et deux à un centimètre au-dessus du trait carré supérieur, à gauche et à droite. Feuille : 320 x 245 mm. Quelques légers plis de manipulation dans les marges. Très bon état.

Seule épreuve connue imprimée en couleurs par l’artiste.

Cette œuvre de Jean-Émile Laboureur était restée inconnue jusqu’à ce que le bois de trait soit retrouvé avec trois épreuves d’essai dans les archives familiales, en 1987. Sylvain Laboureur avait alors rédigé un article, publié dans Nouvelles de l’Estampe,  où il présentait cette œuvre inédite : « Ce bois n’avait jamais été recensé jusqu’à présent et il était accompagné de trois épreuves d’essai, en partie coloriées à la main (..) : l’une d’entre elles a été exposée pour la première fois au Pavillon des Arts de Paris (juillet-septembre 1987). » (S. Laboureur, 1987, p. 22). Il mentionnait également un carnet dans lequel J.‑É. Laboureur avait noté, disait-il, « les œuvres gravées au début de son séjour en Amérique, où il arriva dans les derniers jours de 1903 ». Et il ajoutait : « La première page porte la mention : « Le Bar, bois au canif, en couleurs, 1904 : août. Quelques épreuves d’essai. ».

Dans la notice 618 bis du Catalogue complet de l'œuvre de Jean-Émile Laboureur, Sylvain Laboureur note que les trois essais imprimés en 1904 sont « les seules épreuves connues tirées par l’artiste », et il précise qu’elles sont « rehaussées d’aquarelle ». (S. Laboureur, 1991, p. 559). À la fin de la notice, il explique que Laboureur envisageait d’imprimer le bois en couleurs :

« Les trois essais tirés par l’artiste en 1904 sont coloriés à la main par lui : il avait en effet prévu une autre version en couleurs. Un an après la découverte du premier bois, nous avons trouvé un bois de mêmes dimensions, dont la gravure n’a pas été commencée, mais sur lequel est reporté fidèlement le dessin du premier bois et où cinq teintes ont été  indiquées, correspondant très vraisemblablement aux travaux à faire sur cinq planches ou aux diverses impressions à effectuer avec une seule. »  (ibid. p. 560)

Notre épreuve confirme cette hypothèse : à la différence de l’épreuve photographiée dans l’article de 1987, ses couleurs n’ont pas été posées au pinceau ; elles ont donc très probablement été imprimées avec le second bois retrouvé un an plus tard. Nous pouvons d’ailleurs voir sur la feuille les quatre trous de repérage qui ont servi à repositionner la feuille : deux aux angles inférieurs du sujet et deux à un centimètre au-dessus du trait carré supérieur, à gauche et à droite. Sylvain Laboureur mentionnait cinq teintes. Nous en comptons six sur cette épreuve : un ocre brun pour le comptoir, un ocre clair pour les murs, un brun et un gris pour les vêtements des clients, du rose pour les visages, un bleu pâle enfin pour les blouses des serveurs et les reflets du jour dans le miroir et sur le sol. Un léger décalage des couleurs s’observe sur la veste et le pantalon de l’homme de dos, le visage de l’homme de profil regardant vers la gauche, le mur du fond, le comptoir et les vêtements des serveurs. Le décalage identique de plusieurs couleurs laisse penser que ces teintes ont été imprimées en une fois. Dans l’article des Nouvelles de l’Estampe, Sylvain Laboureur explique que son père ne disposait pas de moyens adaptés à Pittsburgh et devait « faire le voyage de New-York pour tirer ses eaux-fortes ». (S. Laboureur, 1987, p. 23). Il est évident que cette épreuve en couleurs a été imprimée avec des moyens rudimentaires. 

Si Laboureur abandonne l’idée d’imprimer Le Bar en Pennsylvanie, ce n’est pas parce que l’œuvre ne lui semble pas réussie, mais probablement pour les mêmes raisons commerciales qu’il invoque en 1905 pour expliquer son abandon de la peinture : l’eau-forte, dit-il, est « beaucoup plus vendable » (S. Laboureur, 1987, p. 23). S’il renonce par conséquent à éditer le bois gravé, l’image du Bar en Pennsylvanie ne le quitte pas. Le bois gravé est en effet la forme native d’une composition qui « jalonne l’œuvre de l’artiste pendant plus de vingt ans » (ibid.). On la retrouve dans plusieurs œuvres, de technique et de style différents. Le Musée des Beaux-Arts de Nantes conserve une peinture à l’huile sur bois carrée de 40 cm de côté qui reproduit le bois gravé et porte le même titre. Sylvain Laboureur souligne dans l’article de 1987 que cette peinture, qu’il date de 1904, « fut toujours en bonne place dans les domiciles successifs de Laboureur. » (ibid.). Dix ans plus tard, Laboureur grave une eau-forte : Bar en Pennsylvanie (S. L. 134) qui reprend la même composition dans le style « cubisant » qu’il venait d’adopter. Il reprendra encore une fois cette composition, sous une forme plus classique et édulcorée, pour illustrer l’ouvrage de N. Toye et A.-H. Adair : Petits et Grands verres, publié par Au Sans pareil en 1927.

En 1988, 55 épreuves numérotées et trois hors-tirage ont été imprimés pour un portfolio édité à l’occasion de la parution du catalogue raisonné des œuvres de Jean-Émile Laboureur par Sylvain Laboureur. Ces impressions modernes portent le cachet au crabe.

Références : Sylvain Laboureur, "Un bois inconnu de J.-É. Laboureur", Nouvelles de l’Estampe, n°96, décembre 1987, p. 22-25 ; Sylvain Laboureur, Catalogue complet de l'œuvre de Jean-Émile Laboureur, Neuchâtel, Ides et calendes, 1989-1991, Tome I, Gravures et lithographies individuelles p. 559-560 ; Idem, Peintures, aquarelles et gouaches, cat. n°45, p. 50, reprod. coul. ; Musée des Beaux-Arts de Nantes, Inv. : 994.2.1.P, achat en 1994.

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